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A Daboua, le combat des femmes contre l’insécurité alimentaire

Nous publions ci-dessous l’article de notre collaborateur Bienvenu Daldigué qui a reçu le 3er prix lors de la 1ère édition du prix Oxfam en journalisme ‘’Pour un Tchad sans faim et sans pauvreté’’. L’article a été publié dans la version papier de votre hebdomadaire Le Pays n°107 du 19 au 25 novembre 2018.

 

Elles sont des centaines, ces femmes déplacées et autochtones dans la sous-préfecture de Daboua à pratiquer les cultures maraîchères et d’autres activités génératrices de revenus pour lutter contre la crise alimentaire, nutritionnelle et la pauvreté en contexte de crise. Elles reçoivent des assistances humanitaires et l’appui technique d’Oxfam pour mener leurs activités, mais de façon limitée.

Maloumndom kaïro, une quinquagénaire, cheveux voilés, anneau au nez, pelle à la main et une brouette à côté, travaille d’arrache-pied sous un soleil accablant comme d’autres femmes sorties nombreuses ce jeudi 1er novembre pour aménager le site maraicher de Tataverom I. Il s’agit de l’opération cash for Work (travail contre argent) initié par Oxfam pour aider les ménages à subvenir à leurs besoins.  « Les rendements agricoles des cultures pluviales à eux seuls ne permettent pas de joindre les deux bouts. Ils ont baissé faute de précipitions dans la localité. C’est ainsi qu’Oxfam nous aide à cultiver les tomates, gombos, oignons, piments, haricots et les légumes pour renforcer la disponibilité de nourriture », explique Maloumndom  Kaïro. Elle précise qu’« ici on aménage un site maraîcher pour l’exploiter nous-mêmes, mais Oxfam nous paye 2000 francs Cfa par jour pour ce travail. C’est un facteur de motivation et surtout une bonne manière de venir en aide à une communauté en détresse comme la nôtre ».

Djendogonodji Modeste est chef d’équipe du programme sécurité alimentaire et moyens d’existence (Same) d’Oxfam. Il explique que : « la première phase d’assistance humanitaire qui remonte à 2016 a permis à Oxfam d’intervenir sur la base des projets d’urgence qui a consisté à la distribution du cash inconditionnel et des semences des cultures pluviales. L’actuelle phase est celle de la résilience, elle consiste à appuyer techniquement les producteurs des deux sexes pour permettre à la communauté de se mettre debout peu à peu ».

Dans la foule elle travaille durement sous un soleil ardent avec les outils aratoires, Yaka Tchari Dougoumi, une quadragénaire, cheveux voilés, le visage poussiéreux, brouette en main explique que: « avec le revenu du cash for work, je peux exercer un petit commerce et en même temps avoir un temps pour travailler ma parcelle de terre qui me sera octroyée sur le site pour la culture maraîchère. J’espère que je pourrais joindre les deux bouts quand bien même que c’est difficile ».  

A Djaouné I, une petite bourgade située non-loin de Tatavérom, Yana Woli est assise devant sa hutte, ses  enfants à côté habillés en haillons. A l’intérieur de la hutte, on observe une vielle natte quelques ustensiles de cuisine et un bidon d’eau. Elle a tout perdu à Mokorpolia, une île où elle habitait avant d’être chassée par les incursions de Boko-Haram. « J’ai perdu mon mari tué par Boko Haram. Mon combat quotidien est de nourrir mes trois enfants. Oxfam nous aide à travailler les parcelles de terres aménagées pour les cultures maraîchères, mais ma première tentative a eu un rendement moyen parce que de toutes les cultures sauf le gombo n’étaient pas rentables » explique-t-elle. « La vente de ma récolte m’a permis de   mener des activités génératrices de revenus, une partie a été consommée par la famille ».

 A Kilerom, Halimé Tchari et 69 autres femmes ont bénéficié chacune d’une somme de 25000 francs Cfa de la part d’Oxfam pour monter de petites affaires. Assisse à côté de ses amies, Halimé Tchari explique : « je viens de Kaïga. C’est à travers l’appui financier d’Oxfam que j’exerce un petit commerce pour me prendre en charge avec. Je me déplace de village en village pour vendre mes articles. Je m’approvisionne à Diffa au Niger. C’est risqué mais c’est une question de survie. Mon capital est resté intact et le bénéfice me permet de nourrir mes enfants ».

Le faible niveau de la production alimentaire a motivé Oxfam à axer ses interventions sur l’appui à la production agricole, notamment par la distribution des semences des cultures pluviales, la formation, le renforcement des capacités techniques des producteurs en collaboration avec l’Agence nationale pour le développement rural (Anader). L’organisme procède aussi de la distribution des petits ruminants pour aider les familles à se constituer un petit cheptel. Selon Djendogonodji Modeste, responsable de ces opérations chez Oxfam, « il est prévu une formation des para vétérinaires pour appuyer les ménages qui font l’élevage des petits ruminants ».

Les défis à relever

L’accès à la terre fertile reste un problème dans la sous-préfecture de Daboua. « Quand j’étais à Kaïga dans les îles, il y’avait assez des terres fertiles et nous travaillions pour avoir un bon rendement. Ces terres sont devenues aujourd’hui des champs de bataille. Depuis que nous sommes ici comme des déplacés, les terres fertiles se raréfient. Il y a des terres pour y habiter mais pas pour cultiver. Les parcelles qu’on aménage sont tellement restreintes qu’on ne peut valablement travailler », se plaint-elle.

 Kaka Chetima Ngobo, le représentant du chef de Canton de Tataverom I, plaide pour une augmentation des parcelles pour les cultures de contre saison. Il précise que: « la difficulté aujourd’hui s’explique par le durcissement de ton du gouvernement sur la protection de l’environnement. Aménager un site maraicher nécessite la coupure de certains arbustes, d’élaguer des branches, ce que les autorités en charge des questions environnementales n’acceptent pas. Nous leur demandons de penser à cette activité qui nourrit des familles afin de nous accorder une faveur pour agrandir les périmètres ». Chez Oxfam, l’augmentation des surfaces dépendra aussi du budget disponible. « Les hectares aménagés ne suffissent pas à tous, l’augmentation des parcelles est possible si les nouvelles propositions des projets reçoivent un appui financier des partenaires », indique-t-on.

L’autre difficulté pour les activités maraîchères est la gestion des ennemis des cultures qui anéantissent les efforts des femmes. Selon une bénéficiaire de Djaouné I, « malgré les produits phytosanitaires mis à notre disposition, certains insectes résistent et détruisent nos plantes ».

Pour le sous-préfet de Daboua, Soumayine Ali Adam, il est nécessaire d’appuyer les femmes en les regroupant pour orienter leurs actions. « Pour mieux les aider, il faut les constituer en groupement », plaide-t-il.

Le club des mamans peut servir de base à ce regroupement. « Il s’agit d’un groupe de mères formées par Oxfam pour mieux prendre en charge les enfants malnutris dans les sites des déplacés. Après avoir bénéficié de la formation sur la préparation des bouillies enrichies à base des aliments locaux, elles ont su concilier cette activité à l’agriculture locale », explique Einta Rosalie superviseur Hygiène et promotion de la santé publique d’Oxfam. « Nous ne voulons pas aller chercher les aliments au marché afin de venir préparer la bouillie enrichie aux enfants. Avec l’appui d’Oxfam, nous avons pu cultiver les carottes, haricot et betteraves pour préparer la poudre de bouillie enrichie », explique une mère membre du club. « Depuis que mes enfants mangent cette bouillie, leur forme a visiblement changé » ajoute une mère tenant sur ses genoux son bébé.

Le sous financement des projets risque cependant de mettre les bénéficiaires dans une mauvaise posture. « Nous sommes en train de soumettre de nouvelles propositions de projet à nos bailleurs. Nous souhaitons dans la mesure du possible, augmenter la superficie des parcelles pour permettre aux femmes de travailler en vue de se prendre en charge et aussi appuyer celles qui font des petits commerce », explique un employé d’Oxfam. « Si les moyens financiers font défaut il sera difficile à Oxfam de continuer à intensifier sa présence dans ces sites », ajoute la même source. 

Pour le sous-préfet de Daboua Soumayine Ali Adam, « l’heure n’est pas à l’hésitation ni au doute, les déplacées ont besoin d’aide, il faut que nous travaillons main dans la main », insiste-t-il.

Bienvenu Daldigué, de retour de Daboua

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