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Le Ché, Sankara et nous

Le monde célèbre au cours de ces deux premières semaines d’octobre les disparitions de deux figures révolutionnaires qui ont marqué le siècle dernier. Ernesto Guevara alias le «Che», compagnon de lutte de Fidel Castro, tué dans le maquis en Bolivie en 1967 et Thomas Isidore Noël Sankara assassiné le 15 octobre 1987 alors qu’il était président du Burkina Faso.

Deux assassinats qui pourraient laisser penser qu’Octobre est un funeste mois pour les révolutionnaires. Mais au fil des ans, la figure de Guevara comme celui de Sankara ont traversé les frontières de leurs pays (ce qui était déjà le cas pour le Che) pour devenir des héros et les modèles des peuples opprimés.

En ces jours de célébration, il importe pour l’intellectuel africain et plus précisément tchadien de se demander en quoi, il pourrait être utile à sa société et de quoi sera marqué son passage sur terre. Loin de nous l’idée de lancer un appel à la révolution. Pas besoin de jouer au kamikaze pour faire changer les choses autour de soi.

Si le Che argentin de naissance a dû partir de son pays pour faire le feu à Cuba, dans plusieurs pays d’Amérique latine et même au Congo démocratique pour tenter d’imposer l’idéal communiste, Sankara lui n’a pas eu besoin de quitter sa Haute-Volta qu’il a rebaptisé Burkina Faso (Pays des hommes intègres) pour marquer son monde. En seulement quatre ans de pouvoir (tiens, tiens), il a remis les burkinabés au travail, combattu la faim, vacciné tout son peuple, entamé la construction d’un chemin de fer pour exporter la production nationale… ceci, sans aide extérieur. Il aurait pu aller loin et peut être changé de trajectoire si les balles de ses ennemis ne l’avaient fauché en cet après-midi du 15 Octobre 1987…

Même si la révolution burkinabé n’est pas achevée, ndo kela comme le dirait notre compatriote Koulsy Lamko, grand admirateur de Thomas Sankara, elle a jeté les bases de ce qu’est devenu ce pays et trente ans après, le mythe Sankara est plus que vivant et ceux qui l’ont assassiné sont sortis par la petite porte de l’histoire.

Point n’est besoin d’embrasser l’idéal révolutionnaire qui de toute façon est aujourd’hui dépassé. Mais les causes pour lesquelles ces deux hommes se sont engagés demeurent. Ils ont pour nom, injustice, corruption, inégalité sociale… Plus qu’ailleurs, le Tchad a besoin d’intellectuels (pas seulement d’hommes politiques) engagés pour ces causes.

Avec une classe politique en panne d’imagination, une élite qui n’a pour seule préoccupation que la survie et un pays où la figure de réussite n’est pas celui qui a su travailler pour arriver mais le voleur qui se joue de la politique pour narguer la justice, notre pays a besoin de son Che. Pas forcément celui qui prendra les armes. Mais celui qui par son engagement parviendra à ce que le fonctionnaire ne demande pas de passe-droit pour faire son travail, que le puissant (militaire ou politique) n’opprime pas la veuve et l’orphelin, que le meilleur soit récompensé à sa juste mesure. C’est un idéal nous dira-t-on. Mais rien de grand en ce monde ne s’est réalisé sans le rêve. Le Pays rêve d’un Sankara Tchadien.

La Rédaction  

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